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Gustave Planche était une vieille connaissance de Musset. En dehors de toutes questions littéraires, leur antipathie réciproque datait des suites d'un bal de 1829 ou 1830 chez Achille Devéria. Ce bal était resté fameux. Musset y portait un ravissant costume de page Charles VI, sous lequel l'avait portraituré le peintre lui-même. [...]


Au bal d'Achille Devéria avaient paru deux jeunes filles, Mlles Champollion et Hermine Dubois, délicieuses toutes deux et qu'Alfred de Musset semblait préférer l'une et l'autre. Il les revit plusieurs hivers dans le même salon. Planche, qui y était admis maintenant, y rencontrait Alfred de Musset. Mais il ne dansait pas. « Il s'avisa de dire un soir que, du coin où il se tenait assis, il avait vu le valseur infatigable déposer un baiser furtif sur l'épaule d'une de ses valseuses. On en chuchota aussitôt. La jeune fille reçut l'ordre de refuser les invitations de son danseur habituel. Aux regards mélancoliques de la victime, Alfred comprit qu'elle obéissait à l'autorité supérieure, et, comme il n'avait rien à se reprocher, il demanda des explications avec tant d'insistance qu'on ne put les lui refuser. On remonta jusqu'à la source du méchant propos. Planche essaya de nier; mais, au pied du mur, il fut obligé d'avouer qu'il l'avait tenu. L'indignation du père se tourna contre lui. A la sortie du bal, ce père irrité guetta le calomniateur et lui donna de sa canne sur le dos. »


L'aventure fit quelque bruit dans le Cénacle. La mésaventure de Planche excita les quolibets. Mme Lardin de Musset, m'évoquant les souvenirs de son enfance, — elle était de beaucoup plus jeune que ses frères, — me rapporte une plaisanterie qui fit le tour de Paris : « Quand le feu de Planche s'éteint, disait-on, il ne demande plus: « Donnez-moi du bois », mais : « Donnez-moi des bûches. » Ajoutons que c'est à Mlle Hermine Dubois qu'Alfred de Musset adressa ses parfaites strophes : A Pepa, un des plus purs joyaux de son œuvre.


Paul Mariéton, Une Histoire d'amour, Paris, Librairie Paul Ollendorf, 1903.

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Alfred Arago,

très réjoui de la nomination de Musset à l’Académie, lui fit parvenir ce charmant billet. Il ironise joliment sur les Alfred(s) et glisse habilement, comme en rappel, quelques titres de Musset dans son texte.


Mon cher ami,

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. En vous ouvrant la sienne, l’Académie fait preuve de justice ; ce n’est pas Un Caprice qui lui prend ; elle en est incapable... On disait que jamais nous n’obtiendrions les palmes vertes, nous le voyons : Il ne faut jurer de rien. Que d’Alfreds heureux en ce jour par 16 sur 28 !

1° Alfred de Musset ;

2° Alfred Tattet ;

3° Alfred Mosselmann,

Enfin votre très dévoué ami,

Idem Arago.


Adèle Martellet, Alfred de Musset intime, Paris, Société d'Edition et de Publications - Librairie Félix Juven, 1906.

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Une douce-amère...

Un soir, en 1846, dans un souper dont il était, on admirait une jolie bague que Rachel avait au doigt. « Puisqu’elle vous plaît, dit-elle, je la mets aux enchères ». Chacun aussitôt de surenchérir, et la bague en un instant est poussée à 3.000 fr. – « Et vous, mon poète, dit-elle à Musset, que me donnez-vous ? – Je vous donne mon cœur. – La bague est à vous » dit Rachel en la lui jetant gracieusement. Alfred ne consentit à la prendre qu’à titre de gage pour le rôle que Rachel lui demandait d’écrire pour elle. Il commença deux pièces à son intention : Faustine et la Servante du Roi, mais elles ne furent pas achevées ; ils se brouillèrent et Alfred rendit la bague à Rachel qui la reprit sans hésiter.

Etude et Récits sur Alfred de Musset, Alix de Janzé, Paris, Librairie Plon, 1891.

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[...] il faut dire à son honneur qu’il ne fit jamais de dettes, préférant disparaître et aller vivre obscurément à la campagne jusqu’au jour où le produit de sa plume lui ouvrait de nouveau l’Olympe de convention qu’il aimait. Nous tenons de la personne qui eut soin de son ménage pendant ses dix dernières années un détail qui montre l’attention qu’il prenait de ne pas dépenser au delà de ses ressources. Il avait réglé sa dépense à 7 fr. 50 par jour, et quand il invitait un ami à dîner, il donnait un franc de plus pour qu’on lui fît honneur ; mais Alfred n’était pas en peine de remplacer le dessert ou le rôti qui manquait, comme faisait Mme Scarron, par une charmante histoire.

Etude et Récits sur Alfred de Musset, Alix de Janzé, Paris, Librairie Plon, 1891.

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Une aventure singulière qu'Alfred aimait à raconter avait failli compromettre sa candidature [à l'Académie]. Dans sa tournée de visites réglementaires, il va voir un jour le comte de Saint-Aulaire au château d'Etioles, près Corbeil.

Comme il arrivait à la grille, un chien crotté, le poil hérissé, entre derrière lui, pénètre à sa suite dans le château sans qu'il y prenne garde, le suit dans le salon où il se tient d'abord timidement à l'écart. Le comte arrive, reçoit le poète avec la grâce affable d'un seigneur d'autrefois, et, après une spirituelle et aimable causerie, lui demande de « lui faire ainsi qu'à sa famille le plaisir de rester à dîner.

Ce qu'entendant le chien, et comme s'il eut compris ce que ce mot de dîner renfermait de promesses, il relève l'oreille, agite la queue, signe de contentement comme on sait de la race canine, et s'en vient faire le beau et flatter le maître de ce logis hospitalier. Le comte, persuadé que cet affreux chien appartient à son hôte, lui fait, à regret, une petite caresse mais il se disait :

« il faut avouer que les poètes ont de vilains compagnons ; » et le poète, de son côté, s'étonnait de voir un pareil chien dans une maison si bien ordonnée.

L'animal, enhardi par cet accueil, se met à son aise, se vautre sur les meubles, et bientôt il suit la compagnie dans la salle à manger, où il se livre aux plus indiscrètes demandes, qu'il couronne en dérobant le rôti qu'il emporte pour le dévorer. « Voilà un chien de bon appétit », fait doucement M. de Saint-Aulaire. Alfred de Musset comprend alors le quiproquo dont il est victime, et il s'écrie : « Monsieur le comte, et vous, Madame, sachez que je ne connais pas le moins du monde cet affreux animal... Et moi, stupide, qui le croyais de la maison ! » La contrainte que la compagnie avait eu peine à dissimuler se dissipa aussitôt et fit place à une vive hilarité.

A ce moment le chien reparaissait repu et triomphant ; inutile de dire qu'il fût châtié et chassé comme le méritait son effronterie.

A quoi tient cependant le succès, même à l'Académie ! Le moindre incident fortuit peut le détourner de sa route. Si, dans la visite d'Etioles, on ne s'était pas expliqué, Alfred de Musset, grâce à ce chien de rencontre, passait aux yeux de ceux qui ne le connaissaient pas pour un homme dépourvu de savoir-vivre, et peut-être, n'eût-il pas été élu.


Etude et Récits sur Alfred de Musset, Alix de Janzé, Paris, Librairie Plon, 1891.

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Dans un des moments assez fréquents où Musset se trouvait à cours d'argent, il n'avait pu résister à la beauté d'un tableau de Rubens et il avait pris des arrangements avec le marchand pour le payer, mais il avait de la peine à y arriver ; et comme Melle Colin (plus tard Madame Martellet), sa ménagère, le grondait sur cette acquisition, il lui dit :

« Réduisez mon dîner au strict nécessaire et mettez le tableau en face de mon couvert ;

le repas me paraîtra ainsi assez bon.

Etude et Récits sur Alfred de Musset, Alix de Janzé, Paris, Librairie Plon, 1891.

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Un jour, Mme Allan lui ayant demandé gentiment de lui présenter son frère, Alfred de Musset lui répondit sur un ton qui n'admettait pas de réplique :

- Ah ! ça, non, par exemple, car je sens que vous l'aimeriez mieux que moi.

Alfred de Musset, Léon Séché, _____________________________________________________________________________________


Oncle Alfred...

Je ne pouvais, ma chère mère, recevoir une meilleure nouvelle, mais j'en étais sûr. Herminie* est trop gentille et trop bonne et son mari est un trop excellent homme, pour n'être pas heureux tous deux. Me voici donc oncle, comme tu dis, et la première chose que j'ai à faire, c'est d'embrasser sur les deux joues M. mon neveu et sa maman. Bien que je sois l'aîné de quelque chose comme une dizaine d'années, c'est à moi maintenant à avoir du respect pour elle, comme à une personne vénérable qui donne des citoyens à la patrie. Mais je dois aussi, par la même occasion, avoir quelques égards pour moi-même, et ne pas agir maintenant que je suis l'oncle de mon neveu, aussi légèrement que lorsque je l'étais que le neveu de mon oncle.

C'est un bien grand point surtout que cette couche ait été aussi heureuse que tu me le dis. J'ai éprouvé, en l'apprenant, presqu'autant de joie que si on m'avait dit qu'elle était sortie saine et sauve de quelque naufrage ou de quelque incendie. J'exagère peut-être. Mais c'est une chose si affreuse que ces jeunes femmes à qui une première couche coûte si souvent la santé, quelques fois la vie, et au contraire, c'est une chose si belle, si douce, si attendrissante à voir, qu'une jeune mère, bien portante, avec un bel enfant.

* Herminie est la sœur du poète.


Extrait d'une lettre d'Alfred de Musset à sa mère, jeudi 14 septembre 1848,

La Jeunesse dorée, Léon Séché, Paris, Mercure de France, 1910.

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Les insurgés s'appelaient les romantiques, - et brisaient les statues de Racine et de Boileau. Dès le commencement de la lutte, on remarqua parmi eux un beau jeune homme de dix-neuf ans, aux longs cheveux blonds ondés, - l'œil bleu et clair, - au sourire fin et railleur.

Son premier coup de feu partit et fut terrible : les classiques frémirent d'épouvante et d'indignation. Cet impitoyable adolescent était Alfred de Musset, et la balle, qui fit tant de blessés dans le camp ennemi, la Ballade à la lune.

Alfred de Musset, L'Homme, Le Poète, Adolphe Perreau, Paris, Poulet-Malassis, 1862.

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Dans cette lettre, sous forme d'impressions, Musset conte à sa marraine, Caroline Jaubert, les péripéties de son voyage d'Augerville à Malesherbes. Le poète se trouve alors dans un coupé et souffre beaucoup du froid.

Voici la scène d'après, relatée comme on pourrait le dire aujourd'hui « minute par minute »…

4ème impression.

A une lieue de Fontainebleau, je m'aperçois que j'ai oublié mon paletot dans la poche duquel se trouvent d'un côté mon bonnet de nuit et de l'autre un cache-nez pour la nuit. Cet oubli m'afflige d'autant plus que je suis seul dans le coupé et qu'il commence à faire très froid.

5ème impression.

Je paie au conducteur une bouteille de vin blanc, et je lui persuade de faire déguerpir un monsieur en blouse de l'intérieur, afin de me mettre en son lieu et place. Le conducteur ému par ma position, fait déguerpir deux messieurs en blouse au lieu d'un et je m'installe dans l'intérieur, les messieurs prennent le coupé.

6ème impression.

Je me trouve dans l'intérieur avec un monsieur de Malesherbes et une dame fort laide, également de Malesherbes ; et je découvre avec affliction qu'il fait encore plus froid dans l'intérieur que dans le coupé, attendu que la dame tient à conserver un carreau ouvert. Je me penche vers le monsieur (saisissant adroitement un moment où la dame sommeille) et je lui expose que je suis fort souffrant, et que ce carreau ouvert peut causer ma mort. Le monsieur, plein d'urbanité, ferme le carreau.

7ème impression.

La dame se réveille, aperçoit son carreau fermé et le rouvre avec un geste plein de grâce et de nonchalance, puis se rendort.

8ème impression.

J'allonge le bras et je referme le carreau de la dame.

9ème impression.

La dame se réveille et rouvre son carreau.

10ème impression. Je vois qu'il y a un grand parti à prendre. Je rappelle à moi toute la force de mon âme et toute ma connaissance du cœur humain ; renonçant tout à coup à mon premier dessein, j'imite la position de l'ennemi : je tourne le dos à la dame, j'ouvre mon propre carreau avec la même grâce et la même nonchalance et je feins le plus profond sommeil.

11ème impression.

Un vent épouvantable, engouffré entre les deux carreaux ouverts, souffle dans la voiture. Le monsieur se mouche.

12ème impression.

La dame, gelée jusqu'aux os, voyant mon carreau ouvert, ferme le sien.  

13ème impression.

Voyant le carreau de la dame fermé, je ferme à mon tour le mien, nous commençons à dégeler.

14ème impression.

La dame, dégelée, mais têtue, voyant mon carreau fermé, rouvre le sien.

15ème impression.

Voyant le carreau de la dame rouvert, je rouvre le mien. Nouvelle entrée de l'ouragan dans la voiture. Le monsieur, toujours muet et immobile, se mouche de nouveau.

16ème impression.

La dame, commençant à comprendre que je suis aussi têtu qu'elle, ferme son carreau définitivement. J'en fais autant, la victoire m'appartient et la paix se rétablit dans le royaume. (je prie la lectrice de remarquer que, pendant cette mémorable bataille, où je me flatte d'avoir déployé une science de stratégie peu commune, pas un mot n'a été prononcé. Nouvelle preuve qu'avec les femmes, il est bon de se contenter d'une pantomime expressive.

17ème impression.

Je m'endors sur mes lauriers.


La Jeunesse dorée, Léon Séché, Paris, Mercure de France, 1910.

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Les excès de zèle d'Adèle...

Un jour qu'il était rentré chez lui avec la fièvre, Melle Colin, avertie par un billet que MmeAllan viendrait le voir vers deux heures, profita de ce qu'il dormait pour avancer sa montre, de manière à lui laisser croire, s'il se réveillait, que l'amie avait oublié l'heure du rendez-vous ; Puis elle ferma toutes les issues afin qu'il n'entendit pas les coups de sonnette.

Mme Allan arrive, se pend au cordon de la porte, sonne, frappe, et dans son impatience fait claquer ses doigts. Personne ne répond. Furieuse, elle redescend sur le quai, regarde les fenêtres de l'appartement de Musset, et n'y découvrant aucun signe de vie, s'éloigne en maugréant.

Le soir, elle envoie prendre des nouvelles du malade : Melle Colin répond que monsieur garde le lit et lui a défendu de lui donner aucune lettre et de recevoir qui que ce soit. Enfin deux ou trois jours après, quand Mme Allan est admise auprès de lui, c'est pour s'entendre reprocher de n'être pas venue à l'heure indiquée par elle - :

« je vous ai attendue deux heures, - lui dit-il, - vous m'avez empêché de dormir ! »


Pendant ce temps-là la gouvernante riait tout bas derrière la porte.


Alfred de Musset, Léon Séché.

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Ils ont passé la journée de dimanche, lui [Alfred de Musset] et un des ses amis, à ce que je vais dire. Alfred de Musset a mis sur sa tête une tête de mort. Au moyen d'une cravate noire et d'une grande redingote, il a caché sa propre figure. Sur la tête de mort, il a fiché un claque, et la tête et le claque se balançaient avec un petit air coquet. Dans cet équipage, il s'est promené devant sa fenêtre. Tous les gamins du voisinage se sont rassemblés dans la cour de l'hôtel ; l'ami leur a jeté de mauvaises estampes, et pendant que les gamins se les disputaient, lui et Alfred de Musset, avec une énorme seringue, les ont aspergés, tellement que plusieurs semblaient sortir d'un bain. Puis, pour finir la comédie, l'ami a lancé une seringade dans la figure d'Alfred de Musset, qui, pour se venger, a versé un verre d'eau dans le chapeau de l'ami. On a causé longtemps encore ; l'ami a oublié l'eau, et en partant il s'est bravement mis sur la tête ledit chapeau et son contenu.

- « Ah ! que vous êtes bête ! voilà un chapeau perdu ! »

Et M. de Musset de rire en racontant cela ; et Alfred de Vigny de rire aussi en disant :

« Voilà à quoi il passe sa vie ; il vaut bien la peine d'être un grand poète ! »


Souvenirs de Juste Olivier, rapportés par Léon Séché.

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Quelques jours après sa réception, [à l'Académie française], Alfred de Musset arrivait à l'Institut et demandait, au moment où le président allait ouvrir la séance :

- Pardon, monsieur le Président, est-ce que Victor Hugo est là ?

- Non ? il n'y est pas ? disait Musset. Alors je m'en vais.

On devine l'attitude du président.

- Et pourquoi vous en allez-vous de l'Académie ? lui demandait-on.

- Parce qu'il n'y a personne ! répondait Musset.

Ce n'était pas très flatteur pour ses autres confrères, mais ça l'était joliment pour Victor Hugo.

Et il se retirait aussitôt.

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Comment se fait-il que Victor Hugo, dont j'ai déjà rapporté sur Musset un jugement aussi sévère qu'injuste, ait dit devant moi - un soir que j'avais l'honneur de dîner à sa table : « le théâtre de monsieur de Musset - et il fallait l'entendre appuyer sur le mot monsieur ! - n'est pas plus sérieux que le reste de son oeuvre. Ce sont des bulles de savon qui crèvent au moindre vent ? »


C'est que l'exil avait aigri V. Hugo contre ceux de ses anciens camarades du Cénacle qui avaient servi ou seulement accepté l'Empire et qu'il n'admettait en littérature que ce qui ne lui portait pas ombrage. Or, Alfred de Musset avait fait Le Songe d'Auguste, peu de temps après le coup d'Etat, et l'on jouait, à la fin de la vie d'Hugo, plus souvent Le Caprice et On ne badine pas avec l'amour, que Ruy Blas, Hernani ou Le Roi s'amuse, lequel fit une si belle chute, en 1884, quand on s'avisa de le reprendre !


Cela, Victor Hugo ne pouvait pas le pardonner à Musset, avec son caractère rancunier et jaloux.


Léon Séché, Alfred de Musset, Etudes d'Histoire romantique, Paris, Mercure de France, 1907.

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Par Félix Arvers, il connut Alfred Tattet, jeune homme riche, aimable, lettré, ayant le goût des arts et qui recherchait la société des écrivains et des artistes ; par Tattet, il connut Roger de Beauvoir et quelques autres de ces dandys que l'on appelait la jeunesse dorée. Il était moins riche qu'eux. Il mena cependant la même vie qu'eux. Il monta à cheval, il fréquenta les beaux restaurants, il s'assit à la terrasse des grands cafés, il courut d'autres établissements où certain soir il entraîna le novice Sainte-Beuve. Il joua à la bouillotte. Quand il avait perdu, il devenait mélancolique et il manifestait des regrets.

Enfoui dans un vieux carrick et étendu sur le parquet de sa chambre, il affectait une douleur, au fond assez comique, demandant, si quelqu'un survenait, qu'on le laissât à ses haillons et à son désespoir. Mais le soir venu, le désespoir était apaisé, les regrets dissipés, et revêtu de « ses plus beaux habits », comme dit son frère, Alfred de Musset retournait à ses plaisirs.


Maurice Allem, A la gloire de... Musset, Paris, Edition de La Nouvelle Revue Critique, 1940.

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Il  avait recueilli un chat de gouttière - gris sale et poil ras - et un chien bâtard.

Quand ses amis s'étonnaient de leur manque de race, il répondait :

« … je ne les ai pas choisis. Tels que le hasard me les a donnés, je respecte et j'admire encore dans ces pauvres animaux

le phénomène de vie et l'ouvrage de la mystérieuse nature . »

Peu à peu le chat a repris beau poil ; le chien Marzo* a été choyé et soigné parfois à l'infirmerie, comme le prouve la note de 44,25 francs payés à M. Caramija, médecin vétérinaire de l'Ecole nationale d'Alfort.

* Nom d'un lion du Jardin des Plantes, dont Musset raffolait. Il s'y promenait souvent en compagnie de Melle Colin. Le poète parvenait à nourrir ce lion Marzo de sa main. C'est donc assez naturellement qu'il donna ce nom au chien qu'il recueillit.

Maurice Toesca, Musset ou l'amour de la mort, Paris, Librairie Hachette, 1970.

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Musset aimait les femmes qui le lui rendaient bien.

Il imagina un petit stratagème pour se débarrasser de l'une d'elles… L'impétueuse Louise Colet !

On raconte que Musset confia un portrait de la dame (qu'elle lui aurait donné…) à son portier avec des instructions particulières :


« Si cette dame vient, vous lui direz que je suis parti pour le lac de Côme, en Amérique ! » *


Il existe une variante à l'histoire :

 «  Regardez bien ce portrait. Toutes les fois que l'original de cette peinture se présentera, vous lui direz que je suis en Amérique ! » **


C'est ainsi que se termina cette aventure de six mois. Louise Colet reviendra effectivement. Le témoignage d'Adèle Martellet, (alors Melle Colin), la gouvernante du poète est le suivant :

« Mme L. C. accourait en furie, forçait la porte et glapissait, en frappant du pied . »***

Elle ne fut plus reçue. De là naîtra un sentiment de vexation énorme qui, peut-être, dictera à Louise le lamentable portrait qu'elle a réalisé de Musset dans son livre LUI.


* Gérard-Gailly, Les Véhémences de Louise Colet, Paris, Mercure de France, 1934.

** Micheline Bood-Serge Grand, L'indomptable Louise Colet, Evreux, Editions Pierre Horay, 1986.

*** Adolphe Brisson, Le Temps, 1861-1942, "La Gouvernante d'Alfred de Musset", article du 10 août 1896.

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Alfred et Buloz, directeur de la Revue des Deux Mondes :

« Quand il allait demander de la copie au poëte [sic], celui-ci répondait :

- Envoie-moi ce soir cinquante francs et une bouteille d'eau de vie, sinon tu n'auras pas ton proverbe.

Il fallait en passer par là. Le lendemain, le proverbe était fait et la bouteille bue . »

Cette anecdote nous est rapportée par E. de Mirecourt. Nous n'attestons pas son authenticité.


Eugène de Mirecourt, Alfred de Musset, Paris, J.-P. Roret Editeur, 1854.

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A propos de la statue de Musset et de la Muse, aujourd'hui visible au Parc Monceau...

(cf section S T A T U E S)...


« C'était bel et bien Mimi Pinson en personne. Une jolie blonde que Mercié avait découverte à Belleville et qui venait tout émue, très heureuse, très fière, poser près de l'image du poète qu'elle aimait comme d'un amour posthume. Un des amours les plus vrais, peut-être que Musset ait inspirés. Elle était ouvrière en fleurs, la petite Parisienne...


Petite parisienne blonde,

Une blonde que l'on connaît...*


En travaillant « pour Musset » le soir, après avoir travaillé tout le jour chez la patronne, elle arrivait le matin à l'atelier du maître avec, chaque jour, une gerbe ou une poignée de fleurs nouvelles qu'elle avait faites elle-même sous la lampe ; et avant de prendre la pose, elle les semait aux pieds de la statue, près de la lyre de marbre blanc.


« Tiens, mon poète ! c'est pour toi ! »

[...]

Mais personne ne saura le nom de la fleuriste apparue, disparue…


Je ne saurais pour un empire

vous la nommer... **

Comment elle s'appelle ? Encore une fois je l'ignore. Mais il y aura, place du Théâtre-Français, demain, pour contempler la statue d'Alfred de Musset et pour l'applaudir, une fillette blonde perdue dans la foule et qui viendra elle aussi, déposer sans doute des fleurs nées sous ses doigts devant l'image du poète.


C'est la dernière amoureuse - et la plus fidèle - de Musset ».


J. Clarétie, La Vie à Paris, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1911.

* Vers empruntés au poète, Mimi Pinson,

** Idem, emprunt cette fois à la chanson de Fortunio, Le Chandelier.

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Musset et Caroline Jaubert, sa marraine littéraire.


« Nous avons la correspondance de Musset avec sa marraine ; nous connaissons les formules délicieuses, gamines parfois, mais pleines de sel et de gentillesse, par lesquelles il terminait ses épîtres :


« Adieu, madame, êtes-vous grandie ? » ou « votre filleul plein de sirop, Compliments sur papiers gris,

Yours for ever and something more » ou bien encore : « Envoyez-moi un battement de votre cœur, je vous le rendrai ».


Nous n'avons malheureusement pas les réponses aux cancaneries amusantes de Musset, qui n'a jamais rien tu à sa marraine, « même un chagrin », réponses qui devaient être exquises, « riens charmants qui lui étaient chers . »


« Au milieu de ma sotte vie, lui écrivait-il, quand je lis une lettre de vous, je dois avoir l'air d'un homme empoisonné par la fumée de l'asphalte et du tabac qui entrerait chez vous tout d'un coup dans un jardin et qui recevrait dans le nez un coup de vent plein de l'odeur des roses » . »


André Gayot, La Nouvelle Revue,

« La marraine d’Alfred de Musset – Caroline Jaubert », 1911-31e année, 3e sér. - T. 20.

www.musset-immortel.com


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