Le temps du bonheur. Ici avec Aimée...1837


Il s'agit ici des lettres du poète et d'elles-seules.

Les réponses d'Aimée sont restées privées.

Pour en savoir plus, à la rencontre d'Aimée d'Alton...


Lettres d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton, (Mme Paul de Musset), Paris, Mercure de France, 1910.


Je crois vous aimer, enfant, et je ne me trompe pas.

Votre santé, dîtes-vous, est un obstacle invincible ; je n'en connais pas à l'amour.

Quant à « la femme plus âgée que moi, au visage de plus en plus sérieux » et à « la condamnation » permettez-moi de dire à ma vieille amie de 25 ans que j'en ai 26 – que je crois son cœur très sérieux, mais son jeune et charmant visage très gai et très couleur de rose ; – qu'une chaise longue n'est pas un si vilain meuble pour en dire du mal – que pour les talents, vous avez le premier de tous, celui d'être belle, et que pour l'esprit, ce qui fait le charme et l'attrait irrésistible du vôtre, c'est précisément ce mélange de gaieté et de sérieux, de vivacité et de langueur. – Enfant, le bonheur est fait pour vous, s'il est fait pour quelqu'un au monde.

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Cependant on vit et il faut aimer pour vivre encore ; on aime avec crainte, avec défiance, et peu à peu on regarde autour de soi, et on s'aperçoit que la vie n'est pas aussi triste qu'on l'avait jugée, on revient à soi, on revient au bonheur, à Dieu, à la vérité.

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Le cœur, plus ferme, accepte les obstacles, les chagrins, les dégoûts même ; sûr de lui, il les prévoit, les combat et les change quelquefois en biens. Plus résigné, il jouit mieux des jours heureux, les appelle avec plus d'ardeur, les prolonge avec plus de soin. Il en vient enfin à se dire : le mal n'est rien, puisque le bonheur existe.

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Laissez battre votre cœur, laissez-vous aimer ; laissez faire le Destin, il y a de beaux jours ici-bas ; ce bonheur que vous niez, il est en vous, dans vos yeux, sur vos lèvres, dans votre sein - respectez votre trésor.

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On a tant de force quand on se sent deux !

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« Tu peux me trahir, m'humilier jamais ! » Mais je vous défie de dire ces mots-là ; je vous arrêterai au premier, en le baisant sur tes lèvres.

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Venez et on ne vous humiliera pas, Mademoiselle, et on ne vous trahira pas, on fera ce que vous voudrez ! on vous obéira, soyez-en certaine – on vous croira, on vous respectera… tant qu'on pourra, pourvu qu'on ait la permission de vous adorer en même temps.

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Vous me suppliez de partir, chère ? est-ce bien vrai ? Vous me suppliez de continuer mes démarches ? eh bien, ma blanche, je commence mal à vous obéir – car j'ai envoyé promener la diplomatie, l'ambition et toutes les reines d'Espagne passées et futures. Je reste – je ne veux entendre parler que de vous – je ne pense qu'à vous, et n'ambitionne que vous. La politique se passera de moi ; et pour ce qui est de mon avenir – je ne lui demande qu'un jour, celui où je sentirai votre cœur sur le mien.

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Si vous ne voulez pas venir, baisez un morceau de papier blanc et envoyez-le moi.

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Je voulais renvoyer à mon Aimée son petit papier cent fois baisé pour la supplier d'y poser encore les lèvres et de me le renvoyer de nouveau. Je suis forcé d'avouer qu'il sent le tabac et la cire à moustaches – je n'ai pas pensé en le voyant à rendre ma bouche digne d'approcher de la bouche qu'il représente. Ne sachant pas la place où vous l'aviez touché, je l'ai couvert, sucé tout entier – je l'aurais dévoré s'il était moins précieux… Chère âme, quand tes lèvres seront-elles à sa place – je me meurs en y songeant. Laissez-moi vous dire mon bonheur.

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Il me semble qu'à ton premier baiser, il va m'éclore une fleur dans le cœur.  

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C'est avec la simplicité des anges que vous êtes venue à moi – c'est en souriant et sans hésiter que vous m'avez fait un aveu que les femmes vendent au prix de mille tortures, de milles comédies et de mille épreuves. Je ne sais si j'ai pour vous plus d'estime ou plus d'amour. Votre caractère n'a pas son pareil.

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Je ne sais si en vous voyant je vais me jeter sur vos lèvres ou tomber à genoux devant vous – chère, chère, Aimée la bien nommée, que je suis heureux de vivre et de t'avoir connue !

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J'ai lu dans quelque endroit qu'il ne faut pas en boire plus qu'on ne vous en verse. C'est une petite vérité – cherchez ce qu'elle peut bien vouloir dire.

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Mais tu viens le 21 ou le 22, et tu ne veux pas, chère idole, que je sois fou de plaisir et d'espérance ! tu me parles du revers de la médaille, tu ne sais donc pas quelle image j'y vois gravée ! Ah ! beauté, tu veux m'apprendre à être sage. Apprends-moi à ne pas mourir d'impatience en t'attendant, et de bonheur en te voyant.

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Tes lettres me rendront fou. – A tout instant, il faut que je les relise pour croire à mon bonheur, pour être sûr qu'un si beau rêve n'est pas un rêve.

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Adieu, adieu, mille baisers sur tes lèvres, sur ton corps, sur ton cœur. Tâche donc de ne pas me mettre un vilain pain à cacheter qui me déchire le meilleur. Je t'envoie un petit papier, envoie-m'en un, je t'en supplie, qui ait touché ton cou, tes épaules, tout toi.

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Pour aller de la rue Saint-Lazare à la rue de Grenelle, il faut une demi-heure à un fiacre qui va mal et un quart d'heure à un fiacre qui va bien. Or il y a une recette infaillible pour faire aller bien les plus mauvais chevaux, c'est de dire bien poliment au cocher en montant : vous aurez 2 sous pour boire si vous allez mal et 20 sous si vous allez vite. Je n'ai pas encore rencontré d'homme incorruptible à qui cette magique parole n'ait donné des ailes.

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Je vois, mon amour, qu'il y a sympathie parfaite entre nous. Tu m'annonces un si-sol au reçu de ma lettre, et avant d'avoir ouvert la tienne, j'avais exécuté exactement le même pas. Mais je m'avoue vaincu, je n'ai rien cassé. Je ne sais pourquoi quelque chose de cassé m'a toujours paru avoir une mine triste ; quant aux pantoufles, c'est autre chose ; les miennes voltigent comme des oiseaux. Ton petit papier m'a fait un drôle d'effet, au lieu de le dévorer je n'osais pas y toucher en le voyant.

– Je l'ai pris avec un saint respect, j'y ai compté toutes les petites marques, mais il a bien fallu ensuite lui manquer de respect.







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La fin d'un amour, ici avec George Sand...

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ci-dessous, quelques extraits de Musset adressés à la romancière,

en italique et gras, les réponses de la correspondante…


Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

Adieu, ô mon George, c'est donc vrai ?

Je t'aime pourtant.

Adieu, adieu, ma vie, mon bien.

Adieu mes lèvres, mon cœur, mon amour.

Je t'aime tant, O Dieu ! Adieu.

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[…] Eh bien, puisque je perds tout, adieu les larmes, adieu, non pas adieu l'amour, je mourrai en t'aimant, mais adieu la vie, adieu l'amitié, la pitié. O mon dieu ! est-ce ainsi ? J'en aurai profité. Par le ciel, en fermant cette lettre, il me semble que c'est mon cœur que je ferme. Je le sens qui se resserre et s'ossifie. Adieu.

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Ainsi, un mot, dis-moi ton heure.

Sera-ce ce soir ? demain ?

Quand tu voudras, quand tu auras une heure, un instant à perdre.

Réponds-moi une ligne. Si c'est ce soir, tant mieux.

Si c'est dans un mois, j'y serai.

Ce sera quand tu n'auras rien à faire, moi, je n'ai à faire que de t'aimer.

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Tu es triste, chère ange, et je ne sais pas respecter ta tristesse ! Tu me dis un mot qui m'afflige, et je ne sais pas me taire, je ne sais pas sourire, je ne sais pas te dire que mille larmes, que mille affreux tourments, que les plus horribles malheurs peuvent tomber sur moi, que je peux les souffrir, et qu'ils n'ont qu'à attendre un sourire, un baiser de toi pour disparaître comme un songe ! O mon enfant, mon âme ! Je t'ai pressée, je t'ai fatiguée quand je devrais passer les journées et les nuits à tes pieds, à attendre qu'il tombe une larme de tes beaux yeux pour la boire, à te regarder en silence, à respecter tout ce qu'il y a de douleur dans ton cœur ; quand ta douleur devrait être pour moi un enfant chéri que je bercerais doucement.

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Ah, pense à ces beaux jours que j'ai là dans le cœur, qui viennent, qui se lèvent, que je sens là. Pense au bonheur. Hélas ! Hélas ! si l'amour l'a jamais donné, George, je n'ai jamais souffert ainsi. Un mot, non pas un pardon, je ne le mérite pas ; mais dis seulement : j'attendrai, et moi, Dieu du ciel, il y a sept mois que j'attends, je puis en attendre encore bien d'autres. Ma vie, doutes-tu de mon pauvre amour ? O mon enfant, crois-y, ou j'en mourrai.

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J'ai une fièvre de cheval. Impossible de tenir sur mes jambes : j'espérais que cela se calmerait. Comment donc faire pour te voir ? Viens donc avec Papet ou Rollinat ; il entrerait le premier tout seul, et quand il n'y aurait personne il t'ouvrirait. Après dîner cela se peut bien. Je me meurs de te voir une minute, si tu veux. Aime-moi. Vers huit heures tu peux venir, veux-tu ?

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Certainement, j'irai mon pauvre enfant. Je suis bien inquiète. Dis-moi : est-ce que je ne peux pas t'aller soigner ? Est-ce que ta mère s'y opposerait ? Je peux mettre un bonnet et un tablier à Sophie. Ta sœur ne me connaît pas. Ta mère fera semblant de ne pas me reconnaître

et je passerai pour une garde. Laisse-moi te veiller cette nuit, je t'en supplie. Parle à ta mère, dis-lui que tu le veux.

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Le bonheur, le bonheur, et la mort après, la mort avec ! Oui tu me pardonnes, tu m'aimes ! tu vis, ô mon âme, tu seras heureuse ! Oui, par Dieu, heureuse par moi. Et oui, j'ai 23 ans, et pourquoi les ai-je, pourquoi suis-je dans la force de l'âge, sinon pour te verser ma vie pour que tu la boives sur mes lèvres ! Ce soir, à dix heures, et compte que j'y serai plutôt (sic). Viens dès que tu pourras ; viens pour que je me mette à genoux, pour que je te demande de vivre, d'aimer, de pardonner ! Ce soir, ce soir.

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Nous nous aimons, voilà la seule chose qu'il y ait entre nous. Le temps et l'absence ne nous ont pas empêché

et ne nous empêcheront pas de nous aimer. Mais notre vie est-elle possible ensemble ? La mienne est-elle possible avec quelqu'un ? Cela m'effraye, je suis triste et consternée par instant. Tu me fais espérer et désespérer à chaque instant. Que ferai-je ? Veux-tu que je parte ? Veux-tu essayer encore de m'oublier ? Moi, je ne chercherai pas, mais je puis me taire m'en aller. Je sens que je vais t'aimer encore comme autrefois, si je ne fuis pas. Je te tuerai peut-être et moi avec toi, penses-y bien.

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L'amour avec toi et une vie de fièvre pour nous deux peut-être, ou bien la solitude et le désespoir pour moi seule. Dis-moi, crois-tu pouvoir être heureux ailleurs ? Oui, sans doute, tu as 23 ans et les plus belles femmes du monde, les meilleures, peut-être, peuvent t'appartenir. Moi je n'ai pour t'attacher que le peu de bien, et le beaucoup de mal que je t'ai fait. C'est une triste dot que je t'apporte.

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Dis-moi ce que tu veux,

fais-ce que tu veux,

ne t'occupe pas de moi ;

je vivrai pour toi aussi longtemps (sic) que tu voudras,

et le jour où tu ne voudras plus,

je m'éloignerai sans cesser de te chérir et de prier pour toi.

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Si tu reviens à moi, je ne peux te promettre qu'une chose, c'est d'essayer de te rendre heureux. Mais il te faudrait de la patience et de l'indulgence pour quelques moments de peur et de tristesse que j'aurais encore sans doute. Cette patience là n'est guère de ton âge. Consulte-toi, mon ange. Ma vie t'appartient, et quoi qu'il arrive, sache que je t'aime et t'aimerai.

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O Dieu, ô Dieu ! je te fais des reproches à toi qui souffres tant !

Pardonne-moi, mon ange, mon bien-aimé, mon infortuné.

Je souffre tant moi-même ; je ne sais à qui m'en prendre. Je me plains à Dieu, je lui demande des miracles : il n'en fait pas, il nous abandonne. Qu'allons-nous devenir ? Il faudrait que l'un de nous eût la force, Soit pour nous aimer, soit pour guérir ; et ne t'abuse pas, nous n'avons ni l'une ni l'autre, et pas plus l'un que l'autre.

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Je veux embrasser la terre et pleurer.

Je ne t'aime plus, mais je t'adore toujours.

Je ne veux plus de toi, mais je ne peux m'en passer.

Il n'y aurait qu'un coup de foudre d'en haut qui pourrait me guérir en m'anéantissant. Adieu ; reste, pars, seulement ne dis pas que je ne souffre pas. Il n'y a que cela qui puisse me faire souffrir davantage, mon seul amour, ma vie, mes entrailles, mon frère, mon sang, allez-vous-en, mais tuez-moi en partant.

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En écrivant maintenant, je t'avoue que je me retiens de déraisonner – je voudrais ne pas parler et ne pas sentir jusqu'à samedi ou dormir jusque là en rêvant de toi, et me réveiller pour aller à la fenêtre t'attendre. Le fiacre s'arrête – je te vois descendre – arriver à petits pas, cherchant la porte dans la cour – je cours à toi, je te prends la main, nous montons en silence, tout dort – la porte est enfin fermée derrière nous. - O ma nymphe, mon Aimée, bien aimée, quel moment ! c'est le jour de nos noces. – Là, mon imagination s'arrête, je ne cherche rien, je ne tente de rien prévoir, je ne puis essayer de deviner ni mon bonheur, ni ta beauté, ni le premier mot que tu me diras ; mais le premier baiser, ah ! je le devine, je le sens déjà, il me brûle, il me traverse le cœur.

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Correspondance

 

Morceaux choisis… A Aimée d’Alton, à George Sand

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