« Elle était ce que le poète l'a dépeinte :

franche, loyale, jolie et d'un blond irrésistible »...

Jules Troubat, repris par Léon Séché, Les Annales romantiques.


« Elle était très fine, assez libre d'allures, ayant été élevée à l'anglaise, comme on disait ; petite et blonde, comme Madame Jaubert elle-même, de qui elle était la cousine.

C'était Melle Aimée-Irène d'Alton.

Elle avait alors vingt-cinq ans, un an à peu près de moins que Musset. A cet âge et ainsi faite, elle était très entourée et très courtisée. Il était immanquable que Musset lui fît la cour ».

Maurice Allem, A la gloire de... Musset,, Paris, Edition de La Nouvelle Revue Critique, 1940.






















–––– A lire dans la rubrique C o r r e s p o n d a n c e

quelques extraits de leur liaison-papier.

L'échange de lettres débute en mars 1837.

Parmi elles, il en est de fameuses, de piquantes...

A lire pour le plaisir...



« Durant les premières semaines, on s'écrivit des lettres brûlantes et folles d'un côté, mais assez réservées de l'autre. Le petit moinillon fut même, à un certain moment, quelque peu effrayé des libertés du poète et lui rappela malicieusement le proverbe qui dit qu'on ne doit pas vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre !

Mais Alfred, qui savait maintenant à qui il avait affaire, laissait dire le petit moinillon rose et s'enflammait de plus en plus. Si bien que pour éteindre cet incendie, Aimée, qui était bonne fille, ne trouva d'autre moyen que de se donner, au mois d'avril suivant, corps et âme ».

Notes de L. Séché à l'édition des Lettres d'Amour d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton, 1910.


« Il y a bien des sortes d'oiseaux, il n'y a qu'un rossignol.

Quoi qu'on dise, Aimée d'Alton a été une personne avisée, de ne point jeter au feu ces billets ; elle nous eût privés d'un petit livre qui ne sera plus oublié et que toutes les femmes voudront souvent relire »...

R. de Gourmont, Promenades littéraires, IVème série, Paris, Mercure de France, 1924.


« Ces lettres sont d'un Musset jeune, gai, spirituel, voluptueux ; ce ne sont pas pas des qualités extrêmement rares chez un jeune homme de vingt-six ans. Si toutes les femmes donnaient à publier les lettres d'amour qu'elles ont reçues d'un amoureux de cet âge béni, je crois tout de même qu'il y en aurait peu d'aussi agréables que celles de Musset.

Tout le monde aime, mais peu savent exprimer leur amour en un beau langage ».

R. de Gourmont, Promenades littéraires, IVème série, Paris, Mercure de France, 1924.


Voici une liste non exhaustive des appellations diverses concoctées par Musset pour la belle Aimée…

« Ma bien-aimée, mon amie, mon amante, Poupette, ma Blanche belle, ma nymphette Poupette, ma belle Mimouche, sa Majesté Poupette, ma chère âme, ma chère Poupette, coquette Poupette, chère belle, belle blonde chère, mon bel amour, ma blanche beauté, mon bel et adoré amour, mon bel ange bien-aimé, ma belle enfant, ma chère Fanfan, chère mauvaise tête, mon cher cœur, ma belle chère blonde, ma chère beauté, ma chère blanche, ma chère et blanche blonde... »

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Pour mieux connaître Aimée d'Alton, il faut aussi connaître cet épisode de sa vie.

Voici la couverture d'un ouvrage qui peut inspirer des impressions diverses.






Aimée d'Alton - Alfred de Musset et l'amour, Aimée d'Alton...

Page suivante, deux pièces de poésie du poète à sa muse : A Aimée d'Alton et Le petit Moinillon

Vers la sépulture d'Aimée d'Alton et de Paul de Musset : Périple au Cimetière du Père-Lachaise, Paris.


Voici Aimée d’Alton

et ses « deux » Musset »

réunis sur une même couverture...


Le nom d’auteur est bien celui d’Alfred de Musset.

Le titre : Lettres d’amour à Aimée d’Alton.

Ne pas omettre l’étonnante précision apportée par le sous-titre, pourtant entre parenthèses : Madame Paul de Musset

Amour d'une ancienne maîtresse, amour fraternel de la part de Paul, envers son cadet Alfred... Ce livre, quoi qu'on en dise, [et dieu sait qu'on en a déjà dit beaucoup...], reste la preuve d'un souvenir chéri, entretenu, et ce, par delà les convenances...

Il s'agit donc bien ici de la correspondance reçue par Aimée d'Alton de la part du poète Alfred de Musset. L'affaire prend un nouveau tour lorsque l'on sait qu'Aimée épousa Paul, le frère d'Alfred en 1861, soit quatre ans après le décès de ce dernier.

Aimée se laissa tenter, dit-on, mais « à son corps défendant ». Elle qui avait toujours voué un culte à la liberté, à sa liberté de femme...

« - le 23 mai - à la mairie du 8ème arrondissement, Aimée convolait en justes noces, en présence de tous ses anciens amis qu'elle avait invités, malgré la grimace de son futur, pour bien leur signifier qu'elle faisait une fin ».

Notes de L. Séché à l'édition des

Lettres d'Amour d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton, 1910.


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« On est stupéfait en voyant cet époux commenter les déclarations adressées à celle qui fut sa belle-soeur avant d'être sa femme. Il la considère, il est vrai, comme une sorte de veuve par lui épousée. Il l'aime jusque dans l'amour que son frère eut pour elle. Il biffe, pour la postérité, les mots qui peuvent la diminuer aux yeux de l'implacable avenir ».

. Clarétie, La vie à Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle Editeurs, 1911.


« Et plus tard, quand Paul fut parti à son tour,

elle ne laissa à personne le soin de défendre « mes Musset, mes pauvres morts »,

comme elle l'écrivait à Jules Troubat au mois de janvier 1881.

[...]

Cela fait, elle attendit tranquillement sa fin au milieu des chères reliques qu'elle avait rassemblées dans son appartement de la rue Cambon. Et dès qu'elle la sentit venir, au commencement de l'été 1881, elle se fit conduire chez les Dames de l'Espérance, rue de Clichy, 34. C'est là qu'elle s'éteignit le 30 novembre de la même année quelques mois seulement après son mari. Depuis lors, ils reposent à côté l'un de l'autre, au cimetière du Père Lachaise, à quelques centaines de pas du tombeau d'Alfred de Musset. Je me demande même pourquoi on les a pas enterrés avec lui. Après ce que je viens de raconter, il me semble qu'ils avaient bien le droit de réclamer pour leurs cendres une part de l'ombre légère que le saule du poète répand sur son mausolée ».

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"Où nous verrons-nous ?" avait demandé Melle d'Alton.

Elle est revenue à Paris ; elle descend chez une amie, rue Saint-Lazare. Où nous verrons-nous ? Musset demeure rue de Grenelle, à la fontaine de Bouchardon. L'appartement n'est pas bien grand, et il y a là-dedans une mère, un frère, une sœur, trois domestiques. Mais puisqu'elle a dit : "Je suis à vous dès l'aube", plus de danger, plus de difficultés. Qu'elle vienne donc entre sept et huit heures du matin ! A cette heure, maîtres et valets ronflent sur les deux oreilles.

Pour aller de la rue Saint-Lazare à la rue de Grenelle, il faut une demi-heure à un fiacre qui va mal et un quart d'heure à un fiacre qui va bien. Elle entrera dans la cour ; il la guettera à sa fenêtre, derrière les rideaux, ce dandy !

Une fois montée et enfermée dans la chambre de l'ami, on ne soupçonnera même pas sa présence. "Sortir est facile". Parbleu, l'important qu'elle entre !

"O bel ange, quel jour, quelles pensées ! Tes lettres me rendront fou. Adieu, adieu. Milles baisers".

Au reçu de cette lettre, Mlle Aimée d'Alton exécute un si-sol et Alfre, avant d'ouvrir la réponse d'Aimée à cette lettre, a exécuté le même pas. Télépathie, télépathie ! Entre sept et huit heures, c'est de bien bonne heure, peut-être ? Mais elle est amoureuse et faut-il qu'elle le soit !

Elle se lève à six heures, à sept heures elle est coiffée (si l'on peut dire), habillée, parée, elle saute dans un fiacre et un beau matin, ah ! si beau ! elle est rue de Grenelle, dans la petite chambre. Rien ne s'oppose à ce que tout se soit passé entre Alfred et Aimée, comme entre Pippo et Béatrice dans Le Fils du Titien :

"Mais elle le repoussa doucement et lui dit en secouant la tête avec une tristesse pleine de grâce : "- Vous ne m'aimez pas, vous n'aurez pour moi qu'un caprice ; mais je vous aime et je veux d'abord me mettre à genoux devant vous". Elle s'inclina en effet : Pippo la retint vainement en la suppliant de se lever. Elle glissa entre ses bras et s'agenouilla sur le parquet".

N'en doutons pas, Aimée s'est agenouillée sur le parquet. Elle dut se donner royalement, avec sa petite perruque*. C'était une enfant sentimentale. Et puis, elle avait conçu un projet qui ennoblissait son amour. Elle avait résolu d'arracher son amant à la vie qu'il menait. Elle savait qu'en lui, malgré ses désordres, le feu sacré de la poésie n'était pas éteint, mais seulement couvert de cendres et elle espérait que l'amour ranimerait la divine étincelle.

Et, par le fait, elle eut sur Musset, comme on dit, une bonne influence. Il travaillait avec assiduité, sans surexcitation".

[...]

*"Elle lui a avoué qu'elle avait la tête rasée et qu'elle portait une petite perruque, mais qu'elle viendrait au mois de mai. Il pleure de joie".

[...]

"Quant à la petite perruque, ça n'a aucune importance ; au contraire :" "J'adore déjà votre petite perruque. Est-elle bien pareille à vos cheveux ? Vous donne-t-elle toujours ce petit air de beau page lutin ? Ah ! comme je l'aimerai sur cette tête où elle tiendra comme elle pourra, quand je l'y verrai !"

Cette liaison dura, dit-on, deux années entre 1837 et 1839. En 1842, Musset se souvient pourtant. Et lui écrit.


Tout m'ennuie. M'aimes-tu encore ?

Il n'y a que toi qui aies du cœur.

Pas de lettre.

Oui ou non.


[14 janvier 1842]

"Elle le laissa venir ; mais pour lui dire que c'était bien fini, que le temps avait fait son œuvre...

Et on se sépara, bons amis".

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Image issue de l'ouvrage
Alfred de Musset, Jeanne Delais,
Paris-Match, Collection "Les Géants", 1974.
Crédits photographiques : Agence Giraudon.

XXème Siècle • Année 1957

"Le centenaire d'Alfred de Musset vient d'être célébré avec éclat et nos lecteurs n'ont pas oublié les articles de Maurice Donnay et d'Emile Henriot. Le poète du cœur garde toujours ses fidèles".


La revue Historia, spécialisée dans les faits divers de l'Histoire, choisit de présenter un article intitulé "Le roman d'Aimée d'Alton et de Musset" par Maurice Donnay de l'Académie française.


Un portrait d'Aimée d'Alton (Pastel - Collection particulière) et un extrait de poème autographe de Musset à Aimée d'Alton complètent la publication.


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HISTORIA,

La revue vivante du passé,

(le 1er de chaque mois),

Directeur : Chr. Melchior-Bonnet,

n°129, Août 1957.