Biographie de Musset, suite...


Classé parmi les romantiques, Alfred de Musset reniera assez vite cette appartenance. Il est et se veut homme du monde mais refuse le carcan du cénacle, la naïveté du milieu romantique. On raconte qu’« il s’était alors allié à une bande de terribles « vauriens », c’était le nom qu’ils se donnaient à eux-mêmes : Stendhal, avant qu’il fût parti pour son consulat italien, Mérimée, Delacroix, Koreff, Mareste, Horace de Vielcastel »1. Il aime à côtoyer cette société que fréquentent également deux de ses grands amis Alfred Tattet et Ulric Guttinguer2. Musset baigne assidûment dans ce « milieu de célibataires mêlés aux filles galantes de la Rue Vivienne, cynique dans ses propos et dans ses mœurs, et dont on ne saurait décemment raconter les exploits ni répéter les conversations »3. Cette société parallèle est aussi communément appelée celle des soupeurs.

Le nom d'Alfred Tattet revient souvent, et l'on n'a de cesse de dire que la sympathie qui a lié les deux jeunes gens s'est changée en une amitié solide, en une affection profonde qui dura leur vie entière. C’est ici qu’Alfred de Musset illustre en quelque sorte le phénomène de l’altérité de soi. Les jeunes viveurs, dont il est question, usent et abusent de tout. C’est une société dans laquelle le jeune homme s’épanouira mais qui ne cessera jamais de lui faire horreur. Alfred de Musset reste également celui qui « a vécu plus qu’aucun de ses grands contemporains de la vie artiste, de la vie littéraire et de la vie mondaine »4... Il mène une vie de libertin qu'il ne cache pas, et à laquelle il ajoute bon nombre de vices. Cependant, son cœur exècre ce mode de vie. Il n’échappe pas à une forme de « norme » dont il voudrait pourtant ne pas connaître le caractère sordide.

Son père, Victor-Donatien de Musset-Pathay, est un homme de Lettres qui reçoit. C’est dans le salon familial, vers 1828, que le jeune homme fait ses premières armes sous les yeux d’un père confiant et d’une mère aimante. M. Donnay décrit le climat familial de la manière suivante : « Des affections tendres, dévouées entouraient Alfred de Musset ; une mère qui l’adorait, une sœur qui le chérissait, un frère qui se glorifiait de lui »5.

Le premier ouvrage publié s’intitule Les Contes d’Espagne et d’Italie. Le succès n’est pas immédiat. Les critiques soulignent « le bric-à-brac », « le négligé »6 qui jalonnent l’ouvrage. Arvède Barine évoque à son tour ce même ouvrage et va jusqu’à dire que ces Contes « effarèrent les classiques »7 car l’on ne s’était pas encore moqué d’eux avec autant de désinvolture.

Dans L’Universel, un autre critique, qui se contente de signer « F. » se dit « révolté des fautes de français » qu’il dénombre, « blessé par les rejets et l’emploi de mots dits réalistes comme pots ou haillons »8. Une autre revue, La Quotidienne, lui réserve cependant un accueil plus aimable en déclarant que l’auteur est « un poète et un fou, un inspiré et un écolier de rhétorique ». Cela dit, l’article décrit aussi le ballottement permanent imposé au lecteur qui passe ainsi « de la hauteur de la plus belle poésie aux plus incroyables bassesses de langage »9.

Eugène de Mirecourt reprendra cette même idée, en décrivant ce que produisit ce livre : « l’effet d’un météore : il inspira tout à la fois l’admiration et l’épouvante »10.

Toujours est-il que cette première publication fait parler d’elle et de son jeune auteur. Du jour au lendemain, ce sont les jeunes gens, de l'âge même du poète, c’est-à-dire une vingtaine d’années, qui le sacrent « prince de la jeunesse ». Musset devient « le poète de l’amour et de la jeunesse »11, selon la formule du peintre Chenavard. Musset est ce « champion de la jeunesse » qui « n’a été et n’a voulu être que jeune homme. Il a simplifié sa vie et, par suite, la vie humaine, en en retranchant pour ainsi dire l’enfance et l’âge mûr, et en la condensant toute dans l’âge de l’amour »12. Et en effet, c’est toute cette jeunesse, cet auditoire charmé qui se met à déclamer des passages entiers, des tirades de son œuvre. Il s’agit là, semble-t-il, de la meilleure preuve d’un écho réel.

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1 - Antoine Adam, Le secret de l’Aventure vénitienne, Paris, Librairie Académique Perrin, 1938.

2 - « Ulric, tout faible et fragile qu’il était, se prenait aisément à avertir et, qui plus est, à prêcher dans leurs fougueux entraînements ses jeunes amis, Musset et son inséparable Alfred Tattet ». Sainte-Beuve en parle comme d’un « censeur onctueux », ce qui n’est pas sans rappeler le personnage de Desgenais dans La Confession d’un enfant du siècle. Sainte-Beuve, Les Grands Ecrivains Français, Paris, Librairie Garnier Frères, 1926, Les Poètes, Volume II.

3 - Antoine Adam, op. cit.

4 - Annales de L’Est, par Emile Krantz, op. cit.

5 - Maurice Donnay, Musset et l’amour, Paris, Editions Flammarion, 1935.

6 - Arvède Barine, Alfred de Musset, op. cit..

7 - Arvède Barine, op. cit.

8 - Ibid.

9 - Ibid.

10 - Eugène de Mirecourt, Alfred de Musset, Paris, Roret et Cie Editeurs, 1854.

11 - Annales de L’Est, op. cit..

12 - Ibid.

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